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Libération

Ces premiers humains reproduits entrèrent dans l'espace visuel de la photographie sans antécédents ou pour mieux dire sans légende. Le journal était encore un objet de luxe que l'on achetait rarement et qu'on lisait plutôt au café, le procédé photographique n'était pas encore devenu l'un de ses instruments, et peu nombreux étaient les gens qui voyaient leur nom imprimé. Du visage humain émanait un silence dans lequel reposait le regard. En bref, toutes les potentialités de cet art du portrait tenaient à ce que le contact n'était pas encore établi entre actualité et photographie. De nombreux portraits de Hill ont été exécutés dans le cimetière des frères franciscains d'Édimbourg : rien n'est plus significatif de cette époque si ce n'est à quel point les modèles semblent s'y sentir chez eux. Sur une image de Hill, ce cimetière lui-même apparaît véritablement comme un intérieur, une pièce isolée et close où les monuments funéraires s'élèvent du sol, posés contre le mur mitoyen, à la façon d'une cheminée dont le foyer accueillerait des inscriptions au lieu de flammes. Mais jamais ce lieu n'aurait pu produire un tel effet si son choix n'avait reposé sur des déterminations techniques. Avec la faible sensibilité des plaques anciennes, une longue exposition en extérieur était indispensable. Ce qui supposait pour l'opérateur de s'installer le plus à l'écart possible, dans un endroit où rien ne dérangeât ses préparatifs. "La synthèse de l'expression, obtenue par la longue pose du modèle, dit Orlik de la photographie ancienne, est la principale raison pour laquelle ces épreuves, malgré leur simplicité, produisent un effet plus pénétrant et plus durable que des photographies plus récentes, à l'égal de bons portraits dessinés ou peints." Le procédé lui-même requérait que le modèle vive, non en dehors, mais dans l'instant : pendant que durait la prise de vue, il pouvait s'établir au sein de l'image dans le contraste le plus absolu avec les apparitions qui se manifestent sur une photographie instantanée.