Le digital-pointillisme ?
Tout à commencé le jour où j'ai trouvé un macintosh des années 80, en état de marche, sur un trottoir à coté des poubelles. Là j'ai compris que ça ne valait plus rien et que je pouvais enfin faire quelque chose d'intéressant avec cet ordinateur.
Quelques jours plus tard j'achetais une antique carte réseau sur ebay. Raccorder cette machine à mon réseau domestique rendit possible son utilisation à l'intérieur de mon système d'échange de fichiers (
voir projet nicole). Il me vint l'idée de transférer des photos prises avec mon appareil numérique sur cette machine et d'expérimenter leur traitement avec des logiciels de l'époque. Le but n'est pas de faire du neuf ou de l'ancien, en fait je ne veux faire aucun des deux.
Au niveau des images, j'ai réalisé, des portraits de filles que je connais, des paysages vus en Australie, des photos de matériel informatique. Rien de spécial, aucune intention particulière, un ensemble parfaitement neutre à mon humble avis.
Si j'ai choisi le domaine de l'art contemporain pour présenter ces images c'est qu'il est à ma connaissance le seul domaine où l'on peut tout expérimenter et tout montrer.
Nouveauté et obsolescence
Toute invention, toute nouveauté annonce en elle l'invention suivante. Avec l'accélération du processus technique il arrive souvent qu'un objet technique soit rendu obsolète au moment même de sa mise en circulation par un nouveau modèle déjà en production. Nous vivons dans l'hystérie du Beta et des Release Canditates, la mise à jour est permanente.
Il n'est donc d'aucun intérêt de courir après le lapin blanc sinon pour suivre Alice au pays des merveilles.
Il reste bien des territoires technologiques à explorer, il suffit de prendre le temps d'observer et de se soustraire au dictat de l'innovation, à la publicité vantant à chaque instant, à chaque annonce une machine toujours plus puissante ou plus utile.
C'est dans ce rêve en dehors de l'actualité des nouvelles technologies (abusivement considérée comme telles) que s'engage mes expériences et que se forge mes retouches pixelisées.
512 pixels par 342 pixels
Le titre « 512 x 342 » c'est à dire 512 pixels par 342 pixels tire son origine, comme d'un écho, après une vingtaine d'année passées devant les écrans d'ordinateurs, de la découverte pour la première fois de cette forme subtile de représentation sur fond cathodique des images virtuelles.
Mon premier ordinateur, c'est à dire la première machine à laquelle j'accédais librement et sans limite fut un Macintosh SE de la gamme des Apple monobloc équipé d'un écran de 9 pouces noir et blanc d'une résolution de 512 pixels par 342 pixels.
Ce fut la première expérience et par conséquent la première empreinte laissée par une machine sur mon imaginaire digital. Qu'est ce qui explique que plus de 20 ans plus tard il m'est nécessaire de revenir sur cette expérience du passé ? Je ne peux l'expliquer mais je peux au moins le décrire.
Si je ne crois pas au miracle du « nouveau » je souscris volontiers à l'impression que fait sur nous « la première fois », la première fois est toujours un instant singulier dans l'existence, c'est toujours un moment intense et irréversible, c'est souvent « la première fois » que l'on est confronté au danger, à la peur et que l'on ressent une sorte de vertige, un changement réel dans la vie.
Dans les années 80 les images digitalisées étaient rares, il fallait un équipement très onéreux pour numériser une photographie et les ordinateurs affichaient péniblement autre chose que du texte sur 80 colonnes. Pour l'amateur ayant la chance de posséder un ordinateur personnel il fallait faire
scanner les photos argentiques par des professionnels et du coup peu d'images d'artistes voyaient le jour.
De toute façon Adobe sortait tout juste
la première version de Photoshop et les petits Macintosh affichant une résolution de 512 pixels par 342 pixels étaient ce qu'il y avait de mieux sur le marché des machine personnelles.
Donc dans les années 80 (fin) je n'ai pas réalisé d'images digitales à part quelques scans pour illustrer une animation hypercard sur une de mes installations.
Pourtant déjà les pixels étaient suffisamment réduits pour qu'une grande fluidité dans les images puisse s'imposer et nous préparer à l'avènement d'une ère de la photo numérique. C'était la protohistoire de l'image numérique dont les images et l'histoire restent à produire...
Par conséquent il s'agit à 20 ans de distance de produire "une première" c'est à dire pour moi de travailler des images numérique sur un de ces Macintosh SE des années 80 avec les logiciels de l'époque. En soi il n'y a pas de nouveauté, pourtant il y a de la nouveauté dans toute chose, soit parce que cette chose est inédite, soi par qu'elle était jusque là ignorée ou bien parce qu'elle n'avait pas été perçue sous un angle particulier. Il est de la nouveauté comme de la permanence, elle n'est jamais absolue ni complètement relative.
Quant je transfère une image numérique réalisée avec un appareil d'aujourd'hui sur une machine de 20 ans d'âge, je propulse cette image dans le temps, cette image s'anime de nouvelles propriétés, elle perd en qualité et gagne en poésie, elle retrouve un « grain » informatique que le progrès technologique tend à estomper. Cette image se converti dans un format de plus en plus proche du code binaire, les blocs de données deviennent tous égaux, un protocole émerge : chaque image est enregistrée au format tif et fait 174 ko c'est à dire 175104 octets soit 512 X 342 pixels, 1 octet = 1 pixel, ce format est presque universel, il permet du coup à l'image de passer d'un ordinateur à l'autre quelque soit son âge ou sa puissance ou même son système.
J'essaye de faire voyager mes images à la fois sur le réseau de machine en machine, de système en système mais aussi de les faire voyager dans les différents âges de l'ordinateur, sans raison précises, juste pour essayer.