__________________________________ Au début des années 20, le capitalisme se rend bien compte qu’il ne peut se maintenir comme exploitation du travail humain s’il ne colonise aussi tout ce qui se trouve au-delà de la sphère stricte de la production. Face au défi socialiste, il lui faut lui aussi se socialiser. Il devra donc créer sa culture, ses loisirs, sa médecine, son urbanisme, son éducation sentimentale et ses moeurs propres, ainsi que la disposition à leur renouvellement perpétuel. Ce sera le compromis fordiste, l’Etat-providence, le planning familial : le capitalisme social-démocrate. À la soumission par le travail, limitée puisque le travailleur se distinguait encore de son travail, se substitue à présent l’intégration par la conformité subjective et existentielle, c’est-à-dire, au fond, par la consommation. De formelle, la domination du Capital devient peu à peu réelle. Ses meilleurs soutiens, la société marchande ira désormais les chercher parmi les éléments marginalisés de la société traditionnelle – femmes et jeunes d’abord, homosexuels et immigrés ensuite. À ceux qui jusqu’hier étaient tenus en minorité, et qui étaient de ce fait les plus étrangers, les plus spontanément hostiles à la société marchande, n’ayant pas été pliés aux normes d’intégration dominantes, celle-ci pourra se donner des airs d’émancipation. «Les jeunes gens et leurs mères, reconnaît Stuart Ewen, fournirent au mode de vie offert par la réclame les principes sociaux de l’éthique du consommateur.» Les jeunes gens parce que l’adolescence est la « période de la vie définie par un rapport de pure consommation à la société civile. » (Stuart Ewen, Consciences sous influence) Les femmes parce que c’est bien la sphère de la reproduction, sur laquelle elles régnaient encore, qu’il s’agissait alors de coloniser. La Jeunesse et la Féminité hypostasiées, abstraites et recodées en Jeunitude et Féminitude se trouveront dès lors élevées au rang d’idéaux régulateurs de l’intégration impériale-citoyenne. La figure de la Jeune-Fille réalisera l’unité immédiate, spontanée et parfaitement désirable de ces deux déterminations. La garçonne s’imposera comme une modernité autrement plus fracassante que toutes les stars et starlettes qui envahiront si rapidement l’imaginaire mondialisé. Albertine, rencontrée sur la digue d’une station balnéaire, viendra périmer de sa vitalité désinvolte et pan-sexuelle tout l’univers croulant de la Recherche. La lycéenne fera régner sa loi dans Ferdydurke. Une nouvelle figure de l’autorité est née qui les déclasse toutes. À l’heure qu’il est, l’humanité reformatée dans le Spectacle et biopolitiquement neutralisée croit défier quelqu’un en se proclamant “citoyenne”. Les journaux féminins rétablissent un tort presque centenaire en mettant enfin leur équivalent à disposition des mâles. Toutes les figures passées de l’autorité patriarcale, des hommes politiques au patron en passant par le flic, se trouvent jeune-fillisées jusqu’à la dernière, le pape. À bien des signes, on reconnaît que la nouvelle physionomie du Capital, seulement esquissée dans l’Entre-deux-guerres, atteint maintenant sa perfection. « Quand se généralise son caractère fictif, l’“anthropomorphose” du Capital est un fait accompli. C’est alors que se révèle le mystérieux sortilège grâce auquel le crédit généralisé qui régit tout échange (du billet de banque à la traite, du contrat de travail ou de mariage aux rapports “humains” et familiers, des études, diplômes et carrières qui les suivent aux promesses de toute idéologie : tous les échanges sont désormais échanges d’apparences dilatoires) frappe à l’image de son vide uniforme le “coeur de ténèbres” de toute “personnalité” et de tout “caractère”. C’est ainsi que croît le peuple du Capital, là où semblent disparaître toute distinction ancestrale, toute spécificité de classe et d’ethnie. C’est un fait qui n’en finit plus d’émerveiller tant d’ingénus qui en sont encore à “penser” les yeux perdus dans le passé. » (Giorgio Cesarano, Chronique d’un bal masqué ) La Jeune-Fille apparaît comme le point culminant de cette anthropomorphose du Capital. Le processus de valorisation, dans la phase impériale, n’est plus seulement capitaliste : il coïncide avec le social. L’intégration à ce processus, qui n’est plus distincte de l’intégration à la “société” impériale et qui ne repose plus sur aucune base “objective”, exige plutôt de chacun qu’il s’autovalorise en permanence. Le moment de la socialisation finale de la société, l’Empire, est donc aussi le moment où chacun est appelé à se rapporter à soi comme valeur, c’est-à-dire suivant la médiation centrale d’une série d’abstractions contrôlées. La Jeune-Fille sera donc cet être qui n’aura plus d’intimité à soi qu’en tant que valeur, et dont toute l’activité, en chacun de ses détails, sera finalisée à son autovalorisation. À chaque instant, elle s’affirmera comme le sujet souverain de sa propre réification. Tout le caractère inquestionnable de son pouvoir, toute l’écrasante assurance de cet être plan, tissé de façon exclusive par les conventions, codes et représentations fugitivement en vigueur, toute l’autorité dont le moindre de ses gestes s’empreint, tout cela est immédiatement indexé sur sa transparence absolue à “la société”. En raison même de son néant, chacun de ses jugements a le poids impératif de l’organisation sociale tout entière ; et elle le sait. _ _ _ _ (extrait de "Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille", TIQQUN)

JeSSiCa-LauReNpepsicocabullesannabellenikki3aurelieludecay2niobeyplumtililyemilie-simon2louise2kendrabarbie3pucca_Queenpeggysjureverendsasha3lullabyfleur_de_Crystalluvangelanissamarina2cachoulust-Von-CylsteinmilouchLorelei-Lanevanessa-and-The-O-skendra2v_Hopkinsonkamysmarielucydiamondxkristinemily_Marilynnonomikazukic_And_Calicelilou-bgabsmissakendra4lucilletoxicdoll2sashakristin2eloise_Jinncapucinebarbiebarbie4barbie2omaunkekendra3fee-nomenesarah-sarahmelodie_Goreevaanita_Starapple666poteecandyzzzsatysangelaaurelieblinksysoozrebeccapepsicocabulles2pingpingmarinasynthetiquemadnessthe_strangersarah

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